MOURIR


MOURIR
v. intr.

Cesser de vivre, en parlant des Hommes et des animaux. Mourir d’une mort naturelle, de mort violente, de vieillesse, de maladie. Mourir subitement. Mourir jeune. Mourir vieux. Mourir à la fleur de l’âge. De quoi est-il mort? Il est mort d’apoplexie, d’une fluxion de poitrine. Il est mort de faim. Il est mort empoisonné. Il est mort pauvre. Le chagrin l’a fait mourir. Il va mourir, il s’en va mourir. Malade à en mourir, à mourir. Il s’est laissé mourir de faim. Mourir avec fermeté, avec courage, avec résignation. Mourir chrétiennement, comme un saint, dans la grâce de Dieu, de la mort des justes. JÉSUS-CHRIST est mort pour tous les hommes. Mourir pour son roi, pour sa patrie, pour sa religion. Son chien est mort enragé. Son cheval vient de mourir.

Impersonnellement, Il meurt, année moyenne, tant de personnes dans cette ville. Il mourut beaucoup de monde de la grippe.

Fam., Mourir de sa belle mort, Mourir de mort naturelle.

Mourir au champ d’honneur, être tué sur le champ de bataille.

Faire mourir quelqu’un, Le mettre à mort, en exécution d’une condamnation.

Se laisser mourir, Ne rien faire pour soutenir sa vie.

Mourir à la peine, Mourir au milieu et par suite d’occupations pénibles, qu’on n’a pas pu ou qu’on n’a pas voulu quitter. Son grand âge ne le décida pas à prendre sa retraite, et il mourut à la peine. Il se dit aussi d’une Entreprise à laquelle on ne veut pas renoncer, dont on ne veut pas démordre, dût-on y laisser sa vie. Je viendrai à bout de mon dessein, ou je mourrai à la peine.

Mourir à la tâche, Mourir au milieu de son travail, à force de travail.

Bien mourir, Mourir chrétiennement.

Pop., Mourir comme un chien, Mourir sans vouloir témoigner le moindre repentir de ses fautes, ou encore Mourir abandonné de tous.

Fam., Mourir dans la peau d’un intrigant, d’un malhonnête homme, se dit de Quelqu’un dont on n’espère pas qu’il se corrige jamais de ses défauts ou de ses vices.

Mourir dans son péché, Ne pas se corriger.

Mourir tout entier, Ne laisser aucune oeuvre, aucune renommée après soi.

Par menace, Il ne mourra que de ma main, Je le tuerai.

Par forme de souhait, Je veux mourir, que je meure si ce que je vous dis n’est pas vrai.

Prov. On ne sait qui vit ni qui meurt, se dit pour marquer l’Incertitude de la vie. Ayez un bon contrat en forme : on ne sait qui vit ni qui meurt.

Prov., Les envieux mourront, mais non jamais l’envie.

Prov., Nous mourons tous les jours, Chaque jour nous avançons en âge, nous faisons un pas vers la mort.

Prov. et fig., Un lièvre va toujours mourir au gîte, Après avoir beaucoup voyagé, on est bien aise de retourner dans son pays.

être mort civilement. Voyez CIVIL.

Fig., être mort au monde, se dit d’une Personne qui a quitté le monde pour vivre dans la retraite et dans les exercices de piété. Mourir au péché, au vice, à ses passions, Rompre avec le péché, le vice, les passions.

être mort pour quelqu’un, être considéré comme mort par une personne avec laquelle on avait autrefois des relations de famille, d’amitié, etc., ou inversement, S’abstenir de toutes relations avec des parents, des amis qu’on a quittés. Ce jeune homme s’est expatrié, il est mort pour sa famille. Après ce que vous venez de faire, vous êtes mort pour moi.

MOURIR se dit souvent par exagération. Mourir de chaleur, de froid, de faim, de soif. Mourir d’impatience, d’inquiétude. Vous devriez mourir de honte. Mourir de joie. Mourir de rire. Il meurt d’amour pour cette femme. Il meurt d’envie de la voir. Mourir d’ennui. S’ennuyer à mourir.

Mourir de faim signifie spécialement N’avoir pas les moyens d’exister. Cet homme, cette famille meurt de faim. On dit substantivement, dans le même sens, Un meurt-de-faim, Un homme qui n’a pas de quoi vivre.

Par exagération, Vous me faites mourir, Vous m’affligez beaucoup; vous m’impatientez extrêmement.

Fig., Faire mourir quelqu’un à petit feu, Le faire languir en prolongeant des peines d’esprit, des inquiétudes, des chagrins qu’on pourrait lui épargner ou lui abréger.

MOURIR se dit également des Arbres et des plantes. Ces arbres ne viennent pas bien dans les sables, ils y meurent tous. J’avais planté des poiriers, des pommiers, qui sont morts. Le froid a fait mourir ces fleurs.

MOURIR se dit, par analogie, des états, des institutions, des établissements. Les états, les empires meurent comme les hommes. Cette entreprise, cette industrie meurt faute de capitaux, faute de main-d’oeuvre.

MOURIR se dit aussi des Choses morales, des productions de l’esprit, des ouvrages de l’art. Sa gloire, sa mémoire, son nom ne mourra jamais. Vos bienfaits ne mourront jamais dans ma mémoire. Les ouvrages de cet auteur, de ce peintre, de ce sculpteur ne mourront pas.

Il se dit encore figurément de Certaines choses dont l’activité, le mouvement finit peu à peu. Le flot vient mourir sur le sable de la plage. Laisser mourir le feu. La boule est allée mourir au but.

Il se dit pareillement de Choses qui finissent par une dégradation insensible, comme les sons, les couleurs, etc. Dans ce tableau, les couleurs se perdent en mourant les unes dans les autres. Les sons arrivent, en mourant, jusqu’à mon oreille. Sa voix meurt à la fin de chaque phrase.

SE MOURIR signifie être sur le point de mourir; mais en ce sens il ne se dit guère qu’au présent et à l’imparfait de l’indicatif. Il se meurt. Il se mourait. Fig., Votre feu, votre lampe se meurt. Cette industrie se meurt.

Par exagération, Il se meurt d’amour, de peur, d’impatience, d’envie de dormir, etc.

L'Academie francaise. 1935.